samedi 17 septembre 2016

Le Québec indépendant, république ou royaume?

On prend souvent pour acquis que le Québec indépendant serait une république. Moi-même, j'aime beaucoup mieux l'idée de la république, qui consiste à donner la souveraineté à la Nation.

Mais, dans les faits, ce qu'on veut vraiment, c'est une démocratie. La souveraineté de la Nation, ce n'est qu'un principe, et bon nombre de républiques sont en fait des dictatures dont le président, bien qu'agissant au nom de la nation, ne pense qu'à lui-même et à sa gang. Comme je le dis bien souvent, je préférerais de loin être sujet du roi de Suède qu'être citoyen de la République haïtienne... Pas vous?

Dans les faits, établir une république québécoise amènerait son lot de problèmes, dont certains qu'un royaume du Québec n'aurait pas à affronter. Premièrement, tous ces immigrants qui prêtent serment à Sa Majesté Élisabeth II, ses héritiers et successeurs, pourraient devenir citoyens du Québec sans se sentir parjures, ce qui est très important pour bon nombre d'entre eux. Les anglophones du Québec seraient aussi symboliquement rassurés de rester sous la protection de la reine (ou du roi qui pourrait bien lui succéder très bientôt). Finalement, bien des Premières Nations considèrent que les traités qu'ils ont signés l'ont été, presque de manière personnelle, avec la reine ou le roi du Royaume-Uni, puis du Canada; ce serait un blocage de moins à faire sauter.

La démocratie, quant à elle, ne ressort pas du fait de vivre en république ou en royaume, mais bien de la conscience politique des habitants du pays et du détail des mécanismes électoraux. Nombre de pays européens sont des royaumes et ne s'en portent pas plus mal, bien au contraire, souvent.

En fait, le seul argument que l'on pourrait opposer au fait de devenir un royaume supplémentaire pour la reine ou le roi du Royaume-Uni est d'ordre symbolique: c'est au nom de ce royaume que nous avons été conquis, c'est au nom de ce royaume que les Patriotes ont été pendus, c'est au nom de ce monarque que le Canada nous traite en minorité depuis bientôt 150 ans et qu'on veut nous assimiler depuis 250 ans. Mais, dans les faits et au XXIe siècle, notre sujétion envers la reine ne va guère plus loin que de voir son visage sur nos billets de banque, nos pièces de monnaie et nos timbres-poste, et de la recevoir tous les cinq ou dix ans. D'un autre côté, garder ce lien rassurerait bien des gens qui, autrement, nous seraient farouchement opposés. N'est-ce pas une concession à considérer?

Et rien n'empêche de devenir une république dans les décennies à venir.


Le drapeau est celui du lieutenant-gouverneur du Québec est est publié sous la licence CC BY-SA 2.0. On peut trouver les noms de ses auteurs ici.

2 commentaires:

  1. Je pense que c'est une réflexion pertinente et moins saugrenue qu'il n'y paraît.

    Ça me fait penser au projet d'indépendance de l'Écosse (tiens, ça fait deux ans jour pour jour aujourd'hui!), qui prévoyait de conserver cinq des « six unions », dont l'une était l'union des couronnes, qui avait vocation à rester (http://news.scotland.gov.uk/Speeches-Briefings/The-six-unions-introduction-51e.aspx). Seule l'union politique devait être dissoute.

    Ça me rappelle aussi, d'une certaine manière, l'idée du retour de l'Irlande dans le Commonwealth (qui remonte régulièrement à la surface - les liens entre l'Irlande et les pays du Commonwealth sont évidemment très importants - toutefois de nombreux Irlandais n'aiment pas la symbolique d'un tel projet), avancée par certains aussi comme une concession acceptable dans le cadre d'une réunification de l'île (tout en restant une république - ex. http://www.thejournal.ie/mitchell-would-join-commonwealth-in-exchange-for-united-ireland-251430-Oct2011/).

    Sans aller de parler de monarchie, rappelons-nous aussi que le projet de loi sur l'avenir du Québec de 1995 parlait de maintenir la participation du Québec dans de nombreuses organisations internationales dont le Commonwealth (article 16 - https://www.saic.gouv.qc.ca/documents/positions-historiques/positions-du-qc/partie3/Document30.pdf).

    Dans tous les cas, les questions symboliques sont à traiter lorsqu'on propose des changements aussi importants tels que l'indépendance politique. Reste à évaluer l'effet sur les gens que les souverainistes cherchent à convaincre. Un anglophone votera-t-il oui juste à cause de ce symbole?

    Bon point sur le serment de citoyenneté. Il est symboliquement important. C'est pour cette raison d'ailleurs que je pense (qu'on soit souverainiste ou non) que le Québec devrait pousser pour que la connaissance du français soit exigée pour devenir citoyen canadien au Québec. Ça augmenterait la valeur du français et ça valoriserait le lien entre nouveaux arrivants et majorité francophone. Mais bon, c'est un autre sujet...

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    1. Merci de ton appui. Je ne crois pas que le oui aurait beaucoup plus de votes, mais surtout qu'il y aurait moins de contestation par la suite. Surtout de la part des Premièr
      es Nations, don l'opinion est très importante dans le monde.

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