samedi 12 novembre 2016

Faut-il revenir à la Charte de la langue français originelle?

Parmi les nationalistes québécois la Charte de la langue française (improprement appelée loi 101, d'après le numéro du projet de loi; en fait, on devrait parler de la loi C-11) est regardée avec un respect quasi religieux, et les changements qu'on a dû lui apporter suite aux différents jugements de la Cour suprême du Canada sont vus comme des amputations douloureuses qui, à elles seules, justifieraient l'indépendance du Québec. Ça a été la position, par exemple, de Martine Ouellet lors de la récente campagne à la chefferie du Parti Québécois. La Charte originelle était certainement une loi fort bien pensée, mais je ne crois pas qu'elle mérite une telle adoration; elle avait aussi ses failles.

L'Esprit de la loi

Je crois que, dans l'esprit de Camille Laurin, la cause était entendue: si on donne à tous les Québécois le droit de travailler en français, si on oblige les immigrants à envoyer leurs enfants à l'école française, la société québécoise se francisera d'elle-même. Les immigrants francisés parleront français entre eux et à leurs enfants, ils travailleront en français, et la minorité anglaise deviendra de plus en plus petite.

Ce n'est pas ça qui s'est passé, et ce n'est pas entièrement la faute de la Cour suprême. Messieurs Laurin et Lévesque n'étaient pas devins. Par exemple, vu la lourdeur typiquement gouvernementale encadrant la francisation des entreprises, seules les entreprises comptant plus de 50 employés ont été soumises à la loi. Or, bien des immigrants travaillent dans des petites boîtes, où l'anglais (souvent en plus d'une autre langue) règne toujours en maître. Raté. De plus, seules les communications écrites sont visées. Raté. La loi permet d'exiger la connaissance de l'anglais à l'embauche, condition qui est souvent, selon moi, tout à fait superflue. Conséquence: il est impossible de réussir sans connaître l'anglais. Raté. Les entreprises ont souvent besoin de plusieurs années pour monter un comité de francisation et obtenir leur certificat. Conséquence: les entreprises qui ne sont ici que quelques années, pour un chantier, par exemple, n'auront jamais le temps de se franciser. Raté.

Dans le milieu scolaire, je me rends très bien compte, à Côte-des-Neiges où je vis, que même des jeunes scolarisés en français préféreront bien souvent parler l'anglais entre eux. De plus, l'importance mise depuis quelques décennies sur l'apprentissage de l'anglais par les francophones, comme si leur vie en dépendait, fait en sorte que même des francophones préféreront parler anglais, ou pratiquer le code-switching.

Finalement, la question de l'affichage commercial devient bien secondaire, quand on y pense. Et il est loin d'être certain qu'un Québec souverain pourrait interdire l'affichage commercial en anglais, n'en déplaise à Mme Ouellet. En effet, le Pacte international relatifs aux droits civils et politiques stipule, à son article 27, ce qui suit:

Dans les États où il existe des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques, les personnes appartenant à ces minorités ne peuvent être privées du droit d'avoir, en commun avec les autres membres de leur groupe, leur propre vie culturelle, de professer et de pratiquer leur propre religion, ou d'employer leur propre langue. 

Il faudrait au moins le permettre aux entreprises non incorporées.

Idées de propositions

Comment pourrait-on améliorer la loi C-11? Les avenues sont multiples, mais le premier pas serait sans contredit... de l'appliquer. Le fait de permettre aux entreprises de communiquer avec le gouvernement en anglais ou celui d'attribuer aux Néo-Québécois un code linguistique définissant à jamais la langue dans laquelle le gouvernement va communiquer avec eux sont tout à fait en contravention avec la loi.

Ensuite, on pourrait boucher des trous évidents. Par exemple, la loi énonce comme droit fondamental ce qui suit: «Les consommateurs de biens ou de services ont le droit d’être informés et servis en français.» Or, aucun article de la loi ne concrétise ce droit, tout fondamental qu'il soit; il est donc impossible à l'Office de poursuivre en cour une entreprise qui ne saurait pas servir ces clients en français. La loi parle d'affichage public, mais oublie les camions de livraison des entreprises — sans oublier l'affichage quotidien, souvent fait à la main dans les petits commerces.. On devrait aussi encadrer les situations dans lesquelles un employeur peut exiger la connaissance de l'anglais, et  exclure explicitement de ces raisons le contact avec les clients.

Si on voulait aller plus loin, on pourrait tout d'abord exiger, par exemple, que les menus des restaurants ne soient disponibles qu'en français, ou, dans le cas des restos ethniques, en bilingue français-ethnique. Plus question de se ridiculiser avec un Pastagate, où les menus anglais que l'on avait présentés aux plaignants ont évidemment été rangés lors de la visite des inspecteurs de l'OQLF. Après tout, qui fait de la vitesse quand un char de police est visible à des centaines de mètres à cause de ses gyrophares?

Encore plus loin? On pourrait interdire aux commerces de servir leur clientèle en anglais, sauf cas très circonscrits. Après tout, c'est cette éternelle possibilité de vivre en anglais qui empêche la francisation des immigrants, voire celle de nos anglos nés ici même. On pourrait même règlementer l'ambiance sonore des entreprises et des commerces: combien d'employés et de clients sont soumis en permanence à de la radio en anglais?

Le cas des cégeps

On pourrait même aller plus loin et carrément mettre fin au secteur anglophone pour le niveau collégial. Tous les étudiants voulant entreprendre des études supérieures devraient être francophones, et les commissions scolaires anglaises devraient réellement réussir à intégrer leurs élèves à la majorité québécoise. Et, pour éviter les raccourcis par l'Ontario, on devrait aussi obliger les étudiants des universités québécoises n'ayant pas de diplôme collégial québécois à réussir un examen de français avant d'être admis.

En fait, on pourrait prendre cette mesure dès maintenant, et réserver l'entrée dans les universités anglaises du Québec aux étudiants qui savent le français. Soit un DEC d'un cégep québécois (ou un bac d'un lycée francophone, en France ou ailleurs), soit un examen. Ça mettrait fin à cette réanglicisation croissante du centre-ville de Montréal.

D'autres idées?




La photo est publiée sous licence CC BY-SA 3.0 et est l'œuvre de Riba.

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