dimanche 14 février 2021

Abolir l'hiver?

 

Je viens de relire l'essai de Bernard Arcand sur l'hiver, essai dans lequel l'auteur laisse libre cours à sa haine de l'hiver québécois mais surtout à nos vaines tentatives de faire comme s'il n'existait pas; il propose finalement que les mois de janvier et février soient fériés pour presque tous et donc de réorganiser notre calendrier social autour de cette pause en même temps voulue et forcée. Par exemple, les années scolaires pendraient fin en décembre, ce qui dispenserait les élèves et étudiants de tenter de se préparer à leurs examens lors des plus beaux jours du printemps.

Dans sa détestation de la saison froide, l'auteur semble tourner les coins rond pas à peu près. Remontant au premier et mortel hivernage de Jacques Cartier, en 1535-36,  il rappelle que l'hiver tue encore chaque année et qu'il pourrait bien faire aussi froid cet hiver qu'au XVIsiècle. Il oublie deux choses importantes: premièrement, à l'époque de Cartier sévissait ce qu'on a appelé le Petit Âge glaciaire; deuxième, le Réchauffement climatique en cours actuellement. Alors, proposer de travailler durant l'été, même avec les accommodements qu'il propose — travailler plus tôt, une pause scolaire au plus chaud de l'été — serait de moins en moins sensé avec les canicules de plus en plus probables et fréquentes. Et, oui, on connaissait le réchauffement climatique dû à l'effet de serre dans les années 1990.

Mais ce qui me fait le plus rire, avec le recul, c'est que ce que M. Arcand proposait n'est ni plus ni moins qu'un confinement annuel, avec les magasins et les écoles fermées,  les routes non déneigées et les gens à la maison à regarder de vieilles émissions de télé préenregistrées (vous vous souvenez des cassettes VHR?), ou par «un système de location de films directement par téléphone-télévision-ordinateur» (p. 76). Dans le même souffle, il suggère de d'utiliser ce temps à faire des rénovations (en hiver, c'est plutôt difficile, surtout sans quincaillerie ouverte) ou de visiter ses amis, remettant à la mode une tradition de nos campagnes au XIXe  siècle, tout en oubliant les routes enneigées. Ou plutôt, il met de l'avant des sorties sportives en skis, en raquettes ou en motoneige (p. 80). Mais sérieusement, qui veut vraiment rester à la maison deux mois par année, année après année?

De plus, comme tous les gens qui imaginent une période générale de vacances, l'auteur semble oublier que bien des gens doivent travaillent pour que d'autres puissent se reposer. Même au plus creux du confinement de 2020, plus de moitié des travailleurs étaient au poste. Il faut manger, se divertir et se chauffer, minimalement.

Et son retour au travail en masse le 1er mars, saison traditionnelle des plus grandes tempêtes, alors que deux mois de neige encombrent les rues, me semble plutôt tragicomique.

Bien entendu, on pourrait comme société moins se centrer sur le travail,  travail, travail, mais de là à penser qu'une société urbanisée peut se mettre totalement en pause deux mois par année, il y a une marge.

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